La mise en oeuvre réglementaire

Interview de Céline Viaud

Céline Viaud

Questions à Céline Viaud - Architecte du patrimoine et associée de l’agence AUP, chargée d’étude de la révision du PSMV de Nantes



Vous avez été mandatée avec votre cabinet AUP pour concevoir, en collaboration avec les services de l'Etat, de la Drac, de Nantes Métropole, le nouveau PSMV de Nantes. Vous avez d'abord réalisé un diagnostic patrimonial.

Quel a été votre travail précisément ?

Le diagnostic patrimonial était destiné à mettre en lumière la richesse du patrimoine nantais à travers l’histoire urbaine et les spécificités de l’architecture à chaque époque significative de cette histoire. Il ne s’agissait pas de faire un travail de recherche scientifique, comme c’est le cas dans le cadre d’une thèse, mais de réaliser une synthèse de l’état des connaissances sur la Ville, son histoire et son patrimoine.

La substance existait déjà dans les nombreux travaux d’historiens et dans le contenu collecté par l’Inventaire Général dans les années 1990, mais la synthèse, notamment graphique, n’avait jamais été réalisée. Pour ce travail, nous avons sollicité les deux anciens chercheurs de l’Inventaire, Gilles Bienvenu et Françoise Lelièvre, et mis en place une étroite collaboration avec la Direction du Patrimoine et de l’Archéologie. Du côté de l’archéologie en particulier, la connaissance avait sensiblement progressé ces dernières années et nous nous devions d’intégrer ces éléments scientifiques nouveaux.

Pour l’approche typologique, c’est avec Jean Lemoine, qui a redessiné plus d’une centaine de façades nantaises, que nous avons élaboré une frise chronologique qui révèle les ruptures et les permanences de « styles » d’une décennie à l’autre et, ce, du XV ème à la fin du XX ème siècle. Le travail ne s’est pas arrêté aux façades, puisque les évolutions de la distribution (place de l’escalier, rapport à la rue, à la cour,…), les décors intérieurs mais aussi les grandes opérations urbaines (ordonnancements) sont aussi passés au crible de cette analyse. Tout ce travail a été enrichi par l’observation sur le terrain, la visite d’un maximum d’immeubles et la réalisation de fiches-immeubles sur 500 parcelles du secteur, qui illustrent la diversité du patrimoine et parfois sa complexité.

Enfin, l’analyse du végétal s’est faite en partenariat avec Claude Figureau, ancien directeur du Jardin des Plantes et spécialiste en biodiversité, il a identifié plus d’une soixantaine d’arbres dans le centre-ville que nous avons reporté sur un plan, avec les bâtiments repères et les clochers, les jardins et la végétation des espaces publics mais aussi les vues remarquables qui sont ou pourraient être les cartes postales du centre de Nantes.

L’ensemble du travail sur ce Diagnostic a été élaboré en 18 mois (fiches-immeubles comprises) avec des échanges très réguliers entre notre équipe et les services de la Drac, de la Direction du Patrimoine et de l’Archéologie et de Nantes Métropole ; il a permis de poser les bases d’un projet pour le futur PSMV.

Pourquoi un diagnostic ?

Le premier diagnostic du Secteur sauvegardé a été réalisé dans les années 1970 par l’équipe de Robert Jolly, il avait été enrichi en 1993 par Yves Steff lors de sa révision simplifiée. Il lui manquait donc les éléments nouveaux qu’avaient apportés les travaux de l’Inventaire et de la Direction du Patrimoine et de l’Archéologie. Au-delà de la connaissance, la conception des PSMV a beaucoup évolué depuis leur création dans les années 1960, il fallait donc « rénover » le document réglementaire en fonction de nouvelles exigences qui nécessitaient un approfondissement de la réflexion sur le patrimoine bâti, sur l’architecture et sur la forme urbaine, mais aussi une approche de la dimension environnementale que tout document d’urbanisme doit intégrer.

Nous avons ainsi souhaité mettre l’accent sur la typologie de l’architecture pour mieux illustrer ce que sont les dispositions d’origine d’un immeuble ancien et pouvoir faire comprendre au public tout l’enjeu qui réside dans les détails de façades, les ouvertures, les décors, les volumétries intérieures, etc. L’idée est de faire ressortir la cohérence d’un patrimoine plutôt que de s’arrêter à quelques détails qui font parfois oublier l’essentiel. Ainsi tout l’intérêt de ce diagnostic est de constituer un support pour expliquer à tous les règles du PSMV... De même, le plan historique que nous avons réalisé a aussi été l’occasion d’engager une réflexion sur la forme de la ville, notamment sur la « visibilité » des enceintes urbaines gallo-romaine et médiévale et sur le statut des espaces qui correspondent aux anciens bras de la Loire et de l’Erdre. Autant de sujets qui ont amené à des propositions dans le cadre du projet réglementaire.

En particulier, le paysage et la végétation étaient un sujet à part entière dans ce Diagnostic, car le projet Centre-ville de Nantes Métropole engage une végétalisation significative du centre. Le projet du PSMV devait donc en définir plus précisément les conditions, en intégrant cet objectif dans une logique plus vaste de valorisation des anciens bras de Loire et en plaçant la végétation au service d’une meilleure lecture de ces grands vides autrefois occupés par le fleuve.

L’objectif était donc d’asseoir nos propositions réglementaires sur un socle de connaissance de façon à ce que les projets à venir assurent une meilleure lecture des formes de la ville et de ce qui en fait la singularité.